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GEORGES LACOMBE

LE DERNIER DES SIX

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PROJET ANNULÉ

La campagne pour la création d'une copie 35mm de ce film n'a pas atteint son objectif sur notre plateforme.

 

Nationalité: 
France
Sortie en salle: 
16 Septembre 1941
Acteurs principaux: 
Pierre Fresnay
Michèle Alfa
Suzy Delair
Jean Tissier
Producteurs: 
Continental-Films
Scénaristes: 
Henri-Georges Clouzot (adaptation et dialogues) - D'après le roman Six hommes morts de Stanislas-André Steeman
Chef-opérateur: 
Robert Lefebvre
Ingénieur du son: 
William Robert Sivel
Musique: 
Jean Alfaro
Format film: 
35 mm
Format image: 
1,37
Durée: 
97mn
Couleur: 
N&B

Le regard de ... Olivier BOHLER

Alors que 2017 marquera le cent-dixième anniversaire de la naissance d’Henri-Georges Clouzot, comment donc ne pas se réjouir devant Le Dernier des six ? Car il s’agit bien d’un film qui porte la marque de Clouzot ! Si on a tendance aujourd’hui à l’oublier, la presse de l’époque, elle, ne s’y était pas trompée : lorsque Le Dernier des six sort en septembre 1941, elle acclame unanimement le jeune scénariste qui a su adapter avec autant d’inspiration le roman policier de Stanislas André Steeman : « Georges Clouzot. Voilà un nom à retenir. » ; « son dialogue est aussi vif et mordant que ceux de Jacques Prévert » ; « étincelant » ; « d’une rare puissance dramatique » ; « un coup de maître ».

Bien qu’il a déjà à son actif plus d’une quinzaine de scripts (pour Carmine Gallone, Jacques de Baroncelli, Henri Decoin…), son apport sur ce film est absolument décisif. D’abord, parce qu’il utilise la trame du livre avec brio et liberté : six camarades, qui viennent d’échapper de justesse à la ruine, s’engagent à se retrouver dans cinq ans, pour partager ce qu’ils auront gagné aux quatre coins du monde. A la date dite, ils commencent à être éliminés les uns après les autres. Le commissaire Wens démasquera-t-il le coupable ?

Refusant le sérieux du roman, Clouzot invente de toute pièce un personnage : l’apprentie chanteuse Mila Malou, maîtresse du commissaire Wens, qu’interprète pour son premier grand rôle à l’écran, Suzy Delair, sa propre compagne. Gouailleuse, écervelée, furieusement insupportable mais irrésistiblement drôle avec ses chapeaux improbables, elle donne la réplique à Pierre Fresnay. Ce dernier offre au personnage de Wens une élégance narquoise et un professionnalisme moqueur, qui tirent le film vers une tonalité toute british. En ces temps d’Occupation (le film est produit par la Continental, firme allemande), la recette Steeman-Delair-Fresnay fonctionne si bien que Clouzot la reprendra à l’identique l’année suivante, dans son premier long métrage, L’Assassin habite au 21Le Dernier des six est donc bien une répétition générale pour lui, d’autant plus qu’il a assidument assisté à l’ensemble du tournage.

Loin du modèle du roman, l’essentiel du film se déroule dans le monde trépidant du music-hall, où se mêlent spectacle et suspens. On a parfois mésestimé la réalisation de Georges Lacombe. C’est pourtant un cinéaste de talent qu’a choisi Clouzot pour mettre en image son texte. Longtemps assistant de René Clair, il a débuté en 1928 avec La Zone : Au pays des chiffonniers, extraordinaire documentaire consacré aux bidonvilles de la banlieue parisienne. Parmi ses œuvres, Jeunesse, en 1933, puis Les Musiciens du ciel avec Michèle Morgan et Michel Simon en 1940, lui ont déjà valu le respect de la presse comme du public. L’ouverture du Dernier des six se révèle d’une belle intensité : les cinq amis, pris dans une attente insoutenable, guettent le retour de leur camarade, parti, ce soir là, jouer au Casino leurs dernières économies. L’appartement est dévoré d’ombres inquiétantes. Chacun des protagonistes fait monter la tension : l’un répète inlassablement les mêmes notes sur le piano, l’autre tape nerveusement au carreau de la fenêtre, un troisième déchire méticuleusement une feuille de papier… En à peine plus de trois minutes, les caractères de chacun sont campés.

Le scénario prévoyaiit des scènes de music-hall où Lolita (Michèle Alfa), en reine du revolver et du fusil, devait multiplier les prouesses, pendant que l’assassin frappait de nouveau. La production lui demandant de développer ces scènes, Lacombe refusa de les tourner. C’est Jean Dréville qui le remplaça, en toute discrétion. Cette séquence alterne d’élégants ballets et des numéros de tir particulièrement coquins. Dans un montage étourdissant d’audace visuelle, à chaque coup de feu, Lolita fait soit éclater des ballons dans les mains de girls très dénudées, soit en fait apparaître d’autres en habits à paillettes, le clou du spectacle étant atteint de manière surréaliste lorsqu’elle vise des naïades juchées sur des jets d’eau, dont l’une tombe miraculeusement dans la coupe de champagne de l’un des spectateurs, et s’y baigne sous ses yeux ravis !

Olivier BOHLER - Réalisateur et producteur de documentaires sur le Cinéma

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