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09 mai 2018

EN DIRECT DE CANNES CLASSICS : ALICE GUY, PIONNIERE DU CINEMA

L'incroyable destin d'Alice Guy, pionnière du cinéma oubliée, raconté dans un documentaire présenté au Festival de Cannes dans la section Cannes Classics.

Le Festival de Cannes, rendez-vous incontournable des cinéphiles du monde entier, sait mettre en lumière de façon unique le cinéma contemporain dans toute sa diversité. Ceci est admis depuis bien longtemps et, pourtant, son amour pour le cinéma ne s’arrête pas ici puisque chaque année, depuis maintenant 14 ans, il est aussi le lieu où l’on redécouvre de grands classiques en version restaurée. Une jolie attention à laquelle Celluloid Angels est évidemment très sensible.

Cette nouvelle édition donne particulièrement envie puisqu’elle permettra de revoir des films aussi différents que Cyrano de Bergerac de Jean-Paul Rappeneau, Le Voleur de bicyclette de Vittorio de Sica, Sueurs Froides d’Alfred Hitchcock, La Garçonnière de Billy Wilder, Le Grand Bleu de Luc Besson, Battement de cœur de Henri Decoin avec la jeune Danielle Darrieux ou encore l’évènement 2001 : l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick présenté par le réalisateur Christopher Nolan. La liste est longue et le plaisir infini.

La section Cannes Classics permet également la découverte de documentaires récents sur des films et des personnalités du cinéma. Au sein de l’équipe de Celluloid Angels, nous avons été particulièrement intéressés par le projet documentaire de l’américaine Pamela B Green qui a fait un travail extraordinaire de recherche afin de retracer le parcours de la Française Alice Guy, grande pionnière du cinéma et première femme réalisatrice au monde. Son titre : Be natural : the untold story of Alice Guy-Blaché.

 

 

Les Frères Lumière, Léon Gaumont, Alice Guy

Connaissez-vous Alice Guy ? C’est la question qu’a posé la réalisatrice Pamela B Green à de multiples reprises. Les réponses, très majoritairement négatives, sont la raison de sa démarche. Par ailleurs, les quelques-uns qui la connaissent déjà disposent de peu d’éléments pour satisfaire leur curiosité cinéphile. Comment une personnalité aussi hors norme, pionnière dans bien des domaines, réalisatrice de fiction avant Georges Méliès, entrepreneure et productrice, a pu rester pendant si longtemps dans l’ombre ?

Voici son histoire.

Alice a 23 ans lorsqu’elle assiste à la toute première séance des Frères Lumière le 22 mars 1895. Alors secrétaire, elle accompagne ce jour-là son patron, Léon Gaumont, directeur d’une société spécialisée dans la photographie. C’est une révélation tant pour lui que pour elle. Et lorsque l’entrepreneur fonde sa propre société de fabrication d’appareils de cinéma, Alice choisit de le suivre dans l’aventure.

Quelques mois plus tard, elle lui suggère de réaliser des films de fiction avec ces appareils car elle comprend que les spectateurs ont besoin qu’on leur raconte des histoires. Léon Gaumont est un peu réticent au début mais il accepte. Son premier film, La Fée aux choux, que la jeune femme tourne dans le jardin de l’industriel, est projeté au printemps 1896. Quelques semaines avant Georges Méliès...

Son parcours unique conduit Alice Guy à réaliser certains des tout premiers effets visuels du cinéma mais aussi les premiers films sonores de l’histoire dès 1902. Très vite, elle devient directrice artistique puis, après quelques années, s’établit aux Etats-Unis avec son mari où elle crée sa propre société de production, Solax Films. Elle devient alors la femme la plus riche du pays, adorée de tous les médias.

Que s’est-il passé par la suite ? On sait Alice fragile, mariée à un homme infidèle. Un jour, folle de jalousie, elle se saisit d’un pistolet et tire à deux reprises sur lui. Il ne sera que légèrement blessé mais le divorce ne tarde pas, commenté par les médias. Après, c’est la faillite suite à des placements douteux, le retour en France, une industrie cinématographique où elle n’a plus sa place. Et l’oubli…

Alice Guy, c’est pourtant plus de 1.000 films et une vie tellement romanesque que la réalisatrice Pamela B. Green a souhaité déployer toute son énergie pour nous la raconter.

 

Alice Guy dirige son actrice

Alice Guy avait ce conseil qu'elle donnait à chacun de ses acteurs (dont la plupart n'avait jamais vu de caméra)

et qu'elle avait fini par inscrire sur la façade de sa société de production : "Be Natural !".

 

Be Natural : the untold story of Alice Guy-Blaché

L’Américaine a donc joué à la détective, retrouvé de nombreux documents, manuscrits, audios, vidéos. Elle a cherché des films éparpillés dans les quatre coins du monde et fait intervenir de nombreuses personnalités du cinéma afin d’offrir cette mise en lumière que le Festival de Cannes aime tant partager.

Ce projet est devenu possible grâce à des contributeurs tels que vous. La réalisatrice a en effet fait appel au financement participatif afin de réunir les fonds nécessaires à l’aboutissement de ce travail titanesque incluant la restauration de bandes très abimées.

C’est arrivé aux oreilles de l’acteur Robert Redford qui, enthousiaste, a décidé de produire le film. Quant à l’actrice Jodie Foster, elle a choisi d’en être la narratrice.

Un travail collectif comme nous les aimons donc, au service du cinéma.